De fils en (talons) aiguille (by B)

Publié le par B.W.F


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Après un réveil difficile, ils se sont décidés : aujourd'hui, ils ne prendront pas de taxi.

13h30, Paris East Side, station Anvers, B&W sortent du métropolitain, communément appelé "tromé" par les autochtones. Le choc est violent, s'ils avaient su : deux gazelles dans une étable... du caviar pour les cochons. Stoppés net à la montée des marches, un simple regard suffit entre W&B, la sentence est sans appel : "les beaux quartiers c'est West Side, on nous avait prévenu." Ici, toutes les cultures se confondent, tous les "styles", tous les "genres", sauf... celui des triplettes. 

Et voici qu'arrive F, le preux chevalier sur sa rutilante monture. La troupe est au complet, le départ est donné, les voilà lancés. 
Le ciel se couvre, l'orage gronde, le vent se lève, entraînant avec lui un épais nuage d'une poussière pailletée, le sacré coeur vacille, les portes se ferment, les volets claquent et... oh, une crèpe au fromage, déguisée en Lady Di penchée sur des talons de 22 cm chante Dalida : "Laissez-moi chanter." B. ouvre les yeux avec espoir, mais la réalité des lieux reste cruelle. 

Leur mission impossible, car ils le valent bien : le Marché Saint Pierre, temple de la couture, une sangatte gay dans le Bronx de la Capitale. 
La façade ne paie pas de mine : un immeuble de 5 étages, aux murs blancs décrépis, et à l'enseigne bleue de métylène, façon vieille papetterie désaffectée. De vieilles portes battantes en bois témoignent de la gloire passée de l'édifice. 

Une fois entrés, F., W. et B. découvrent avec stupeur que ce qui fut le paradis des stylistes s'est transformé au cours de ces dernières decennies en institution pour la ménagère de plus de cinquante ans. Un véritable musée de l'horreur, si,si!
Une déco kitsch à souhait se fond à merveille dans l'ambiance générale du magasin. Même les décorateurs de chez Tati n'auraient rien à envier à la vétusté des quelques drappés argentés ornés de paquets surprise à dix cents qui "habillent" les escaliers. 
La misère, ou en tout cas rien de très glam pour ce monument figé depuis des temps immémoriaux* au pied de la légendaire butte des amoureux. 

Devant nos trois touristes, un océan de tissus et d'étoffes en tous genre : fourrures, cuirs, satins, lin, coton, soies, polaires, de quoi refaire Bercy en peau de zèbre rose mode lycra. 
Peau de bovin synthétique & imprimés pour W, velours côtelé violet pour B. 
Un dernier tour du propriétaire avant de partir en after à la mercerie du Marché Saint Pierre, la route est longue... à traverser. 

Même décorateur qu'en face, décidément il doit leur faire un très bon prix, ou alors le kitsch fait un retour fracassant dans la capitale de la mode. Nous aurait-on menti?!
Nos trois futures ménagères (si c'est pas malheureux) s'y sentent comme des homards dans une marmitte, de la porcelaine dans un magasin d'éléphants. 

6 aiguilles à tricoter, 9 pelottes de laine flashies (et oui, il faut bien suivre la tendance, en même temps les possibilités sont tellement nombreuses...), une trousse de couture portative, une braguette et un bouton plus tard, F quitte ses deux acolytes. Pause gastronomique au Colombus café pour W&B. Au menu, chocolat viennois & muffins. Un repas équilibré pour nos adeptes du "régime amateur". Une demi heure plus tard, retour à la mine. Derniers achats, derniers petits larcins : "bah tiens, à 1,20 € le bouton standard tu crois quand même pas que je vais payer!" dixit B.

17h30. Retour West Side bien mérité pour nos rois de la nuit. 

22h30. La nuit commence (elle aura tardé la sa...) Au pied du sapin militaire fait maison de F. soirée crèpes et premiers pas dans le tricot en compagnie de Monsieur bouton poussoir. 4h30 d'efforts surhumains, 2 visionnages de Shrek le 25ème & au bas mot une quinzaine de "ah ça y est j'ai compris", pour... un rang de tricot. 
W. et F. s'en arrachent les poils de la tête. Et B. fier d'exhiber son nounours militaire borgne enfin terminé. La soirée charentaises prend fin. Il est 4 heures, Paris s'éveille, les triplettes vont enfin se coucher...

(* alors que les mammouths s'abreuvaient encore dans cette mare qu'on appelle aujourd'hui la Seine)

B.

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